L’Europe en train : nos lecteurs et lectrices témoignent

The Brenner rail network in Italy | Photo by Lorenzo Buzzoni

L’histoire du rail européen, c’est surtout celle de millions d’Européen.nes et de leur engagement en faveur d’un mode de transport plus écolo. Leurs aventures à travers les frontières, leurs luttes pour acheter des billets en ligne, leur déception de louper encore et encore leurs correspondances, tous ces défis et ces galères sont restées gravées dans leurs mémoires.

Vous trouverez ci-dessous de nombreux témoignages, classés par thèmes. Nous ne publions qu’une partie des témoignages que nous avons reçus, mais nous remercions toutes les personnes qui nous ont permis de sauter de wagons en wagons à travers toute l’Europe. Nous espérons que vous apprécierez le voyage : c’est notre premier article écrit avec la communauté Investigate Europe.

Les extraits des témoignages des lecteurs et lectrices qui ont été édités pour plus de clarté

Ça aurait pu être un simple voyage en train…

“C’était en 2019, cette année là je me suis rendue deux fois en Asie, ce qui suppose de longs vols. J’habite à Lisbonne et il n’existe aucun vol direct. Au total, pour ces deux voyages j’ai pris huit fois l’avion. Ça m’a semblé vraiment excessif et j’ai décidé depuis de mettre un peu plus de sens dans mes voyages, et de les espacer. De retour en Europe, j’ai du me rendre à Barcelone pour le travail. Vraiment, je voulais éviter de reprendre l’avion après avoir explosé mon empreinte carbone, je me suis mise en tête de chercher des trains. Déprimant. J’ai fini par prendre un avion, je ne pouvais juste pas me permettre de voyager en train. »- Cristina, Portugal 

« Il y a deux ans, en tant qu’usager régulier de l’Eurostar, j’ai reçu une pub me vantant la nouvelle ligne Londres-Amsterdam. Les Pays-Bas était une destination qui nous tentait bien avec des amis, nous avons donc filé voir sur le site. Nous avons vite découvert qu’il n’existait en fait qu’un seul train par jour pour nous y mener, mais aucun train direct pour en revenir. Nous étions vraiment motivé.e.s par cette escapade, alors nous avons réservé des billets retour… mais en avion (et moins cher). Merci Eurostar ! »- Jonathan, UK 

« La Norvège, aussi incroyable que ça puisse paraître étant donné son train de vie, n’est pas mieux que les autres. Les Norvégien.ne.s considèrent que les longs voyages en train sont réservés aux touristes. Ça me rend dingue qu’il n’existe pas de correspondance directe avec Copenhague… au moins ! Si c’était le cas, j’aurais sans doute un peu moins l’impression de vivre dans une île. Il existe deux lignes pour quitter le pays : une vers Stockholm, une vers Gothenburg. Un jour que je tentais d’organiser un voyage vers Gothenburg, je suis tombée sur une page indiquant que le voyage se ferait en train. Si dans la barre de recherche de votre navigateur, vous tapez Oslo > Gothenburg, vous tomberez sur la page RAIL.NINJA. Et bien sachez que c’est un bus. J’ai cherché sur Google Images et j’ai pris une capture écran (voir ci-dessous) de ce que j’ai trouvé. Vous pouvez voir le logo VY (la compagnie de train norvégienne). Donc la compagnie ferroviaire vante un voyage en train, qui est en fait un voyage en bus. » – Gabriela, Portugal/Norway


Capture écran d’une réservation de train entre Oslo et Gothenburg (finalement une réservation de bus) | Photo de Gabriela

“Je suis Portugais, marié à une Espagnole, et je vis en Finlande. Tous les ans, nous essayons de trouver des trains qui pourraient nous emmener de Barcelone à Lisbonne pour voir nos deux familles. Ce voyage pourrait tout à fait être réalisable avec un train de nuit, mais non. Cela nous prendrait 12 à 14 heures, alors que six heures suffiraient avec un train direct. » – Duarte, Finland  


Le retard de trop

“J’ai arrêté de prendre l’avion en 2008 et depuis je voyage beaucoup en train dans toute l’Europe, en partant de Stockholm. La plupart du temps, ça se passe bien. Mais des fois, pas du tout. Par exemple, un jour où je me rendais à Vienne pour une conférence. J’ai quitté Stockholm à midi et je devais changer de train à Copenhague, prendre un train de nuit pour Hambourg et ensuite directement de Hambourg à Vienne, où j’arriverais le matin d’après. J’avais deux tickets différents : un Stockholm-Copenhague (SJ) et un Copenhague-Hambourg-Vienne (DB). À Gnesta, à moins d’une heure de Stockholm, le train s’est arrêté en pleine voie et est resté bloqué deux heures. J’ai commencé à chercher une alternative sur Google, déjà. La compagnie SJ ne m’était évidemment d’aucune aide. La compagnie danoise DSB n’avait aucune information à m’apporter (ils n’avaient rien à voir là-dedans). Et la Deutsche Bahn n’avait aucune agence à Copenhague. Je savais d’expérience que si j’arrivais à avoir un coup de tampon sur mon ticket, je pourrait continuer mon voyage sur les prochains trains disponibles. J’ai pris sous mon bras d’autres passager.e.s un peu moins habitué.e.s et nous nous sommes rendu.e.s au guichet de la DSB. Nous avons réussi à obtenir le coup de tampon à quelques minutes de la fermeture.

Dans un monde idéal, on m’aurait offert le voyage jusqu’à Hambourg, une nuit d’hôtel et le premier train rapide vers Vienne. Ce que l’on m’a proposé, c’était cinq trains intercités et autres TER différents (sans couchettes, bien sûr), qui me permettraient d’arriver avec « seulement » quatre heures de retard. J’ai donc pris le train au départ de Copenhague. J’ai changé à Frederica, Neumünsterand et Flensbourg je crois. Le voyage impliquait un arrêt de trois heures à Hambourg, j’ai réussi à m’inscrire dans une auberge de jeunesse non loin de la gare pour y dormir quelques minutes. Ensuite j’ai continué ma route vers Fulda, Wolfsbourg et d’autres endroits. Je suis arrivé à Vienne à midi. Leçon à en tirer : il y a des trains. C’est possible de voyager en train. Mais si je n’avais pas su comment m’en tirer, je serais toujours à attendre une solution à Copenhague à l’heure qu’il est. »- Joakim, Suède


Joakim’s journey involved a three hour delay in Hamburg | Photo: Ingeborg Eliassen

Consterné par Interrail 

“Bruxelles en Novembre, je n’avais pas prévu de m’envoler. Mon agenda comportait bien un déplacement au Parlement rural européen à Candás, en Asturie. Précédé d’une réunion sur les initiatives de semences à Porto. Si l’on compte l’aller retour, cela fait 3000 kilomètres entre Bruxelles et Porto, et 4000 kilomètres en train. Si j’avais pris la compagnie aérienne low-cost, le trajet aurait duré 7 heures (en comptant les procédures à l’aéroport et 100 euros pour chaque billet). J’ai choisi de voyager en train et en bus, ce qui m’a pris 70 heures, en comptant les correspondances manquées et les attentes. Avec une réservation Interrail-Pass. Même si j’ai payé 150€ de moins que le prix normal qui est de 500€, 5 fois le prix du billet d’avion.

« Plus jamais le train ? » Non, je ne regrette rien (en français dans le texte, ndlr). Si je n’avais pas cherché une alternative à l’avion, je n’aurais jamais commencé à discuter avec Ahmed, cette personne handicapée venue du Maroc, je n’aurais pas tenté de marchander avec le manager basque de l’hôtel à une heure du matin, pour offrir une nuit d’hôtel à Ahmed, j’aurais loupé le bus qui n’est jamais arrivé et la nuit passée avec les sans-abris et les saisonniers qui m’ont raconté leurs vies. Je n’aurais pas ressenti combien un banc dans un parc est dur et en même temps si accueillant quand on se sent si fatigué. Combien il est dur d’être réveillé par les sirènes de la police ou les vapeurs des cafés ou de la boulangerie. Je n’aurais pas ressenti ce sentiment de gratitude infinie de pouvoir m’allonger enfin dans un train de nuit pour Coimbra, pour quelques heures, et de trouver à mon arrivée la magnifique gare de Porto sous une trombe d’eau.

Certes, j’aurais loupé aussi les intelligences artificielles à l’autre bout de la ligne, quand j’étais perdue et qu’ils m’énervaient avec leurs options sans solutions. Mais j’aurais manqué les conversations si chaleureuses aux comptoirs, au téléphone avec un personnel dédié à la cause et aussi désespérés que moi de ne pas pouvoir m’y retrouver dans la jungle du voyage en train.

Et puis surtout, j’aurais loupé ce moment bref mais si important où je me suis sentie vraiment en dehors de ma zone de comfort, et de façon brutale. Le monde où tout est prévu n’existe finalement pas pour tout le monde. J’ai décidé de ne pas choisir le chemin le plus court ou le moins cher pour rejoindre ma destination. Traverser l’Europe en train, au lieu de grimper dans un avion, cela reste de la théorie quand on ne l’a pas essayé soi-même.

Non, je ne regrette rien. J’ai gagné un sentiment différent de la distance et du temps, des correspondances ou non entre les villes et les gens, ce que j’aurais ignoré si je n’avais pas essayé. Voyager en train, c’est aussi découvrir la lenteur et l’imprévu, mais aussi la désillusion que, politiquement et structurellement, on fasse comme si de rien n’était. Ce n’est pas possible. Les trains, ce sont les moyens de transport du futur, ne passent pas partout. Et pas pour tout le monde. Surtout dans les zones rurales. On se moque des petites gens avec ces prix défiant toute concurrence. En réduisant les petites lignes partout en Europe, on souligne le fait qu’il n’existe pas d’autres alternatives que l’avion ou le train ». – Hannes, Belgique


Le voyage le plus mémorable de ma vie

“J’avais décidé de passer une nuit de plus à Zagreb, en enlevant une ville de mon itinéraire. J’avais choisi un billet Interrail et une réservation flexible, je pouvais donc changer mes plans. Pendant mon séjour, j’ai réussi à aller admirer les lacs de Plitvice, j’ignorais leur existence et c’est un camarade de voyage qui m’a refilé le plan. J’ai aussi pu aller visiter le Musée des cœurs brisés. De très beaux souvenirs » – Danny, Royaume-Uni

“En 2018, j’ai voyagé pendant plusieurs mois depuis la Grèce jusqu’à l’Allemagne, traversant la Bulgarie, la Roumanie, l’Ukraine, la Slovaquie et la République Tchèque, en n’utilisant que des tortillards locaux. Chaque pays mérite le détours, mais c’est l’Ukraine qui m’a touché le plus. J’étais en train chemin sur le tronçon sud-ouest, entre Solotvyno et Chop avec un stop à Khust, et j’ai découvert un magnifique pays avec des personnes très ouvertes d’esprit. Par chance, je suis tombé sur un jeune couple (Maxem et son épouse) qui m’ont aidé à trouver un billet à Solotvyno, avant d’entrer dans le train et d’échapper à une pluie battante. Maxem avait étudié en Allemagne pendant plusieurs années et était retourné vivre en Ukraine avec sa famille. Il m’a presque immédiatement invité à Lviv, une ville avec une riche histoire culturelle et très vivantes, avec des petits cafés. Comme je n’étais pas particulièrement pressé, ils m’avaient également invité à m’arrêter à Khust. J’ai planté ma tente dans un château abandonné qui dominait la ville. Là-haut, j’ai rencontré des jeunes avec qui j’ai regardé le soleil se lever. Je retournerai là-bas, c’est sûr, et en train bien sûr ». – Falk


Un lecteur nous a indiqué que traverser la Pologne en train lui a permis de découvrir un pays magnifique | DR Falk

“J’ai vécu un voyage intéressant, entre Moscou et Chisinau, en Moldavie. J’étais le seul et unique voyageur occidental dans le train et tout le personnel voulait me serrer la main. La provodniza (le conductrice du train), m’a dit que je devais faire passer des sacs par la douane. Sans dire un mot, elle les a laissés dans mon compartiment. Je me suis demandé ce que j’étais sensé en faire. Mon voisin m’a dit qu’il s’agissait d’une procédure normale dans ce train. Il lui a même commandé du Cognac de Moldova pour la semaine suivante. À l’arrêt précédent le passage à la frontière Ukrainienne, je suis descendu du train pour prendre quelques photos et acheter de la nourriture aux Babushkas qui tenaient des stands le long des voies. J’ai vu beaucoup de personnes portant des caméras sur leurs costumes. L’une d’entre elles s’est approchée de moi et a vérifié si j’étais en règle. À la frontière, j’étais un peu inquiet par mes sacs, remplis de vêtements et chaussures de femmes. Mais personne ne m’a posé de question. Même chose du côté Ukrainien. La nuit tombait et nous entrions dans Kiev. Le couloir du train devenait de plus en plus bruyant, les gens entraient à la recherche de Ludmila, la conductrice. Ils lui donnèrent des sacs et des boîtes à amener à Moldova ou bien retirèrent des colis.

Ce système de poste non officiel marchait était bien huilé. Un autre moment, le personnel du train m’invita à prendre le petit déjeuner avec eux. C’était très sympa. Quand ils ont vu que j’avais un appareil photo, ils m’ont demandé de prendre un selfie avec eux. J’ai donc pris mon trépied, l’ai disposé dans le couloir et pendant près d’une demi heure j’ai pris des photos de Ludmila. Les dernières heures du voyages, j’ai parlé avec le personnel et ils m’ont même autorisé à agiter le drapeau jaune annonçant le départ, depuis un quai. C’était le voyage le plus intéressant et le plus génial de toute ma vie » – Un voyageur, Allemagne

“Je suis un voyageur octogénaire. Avant le Covid-19, j’ai fait le voyage en train depuis le Royaume-Uni vers l’Italie du nord en utilisant un pass inter-rail de première classe. J’ai pris l’Eurostar depuis St-Pancras jusqu’à Bruxelles, la réservation obligatoire coûtait dans les 30£, mais avec mon pass de première classe, j’avais droit à un siège de première classe et un service de boissons et de snack directement à mon siège. Ensuite, j’ai changé de train à Bruxelles, en prenant un train Deutsche-Bahn vers Cologne. Je suis arrivé à 4h, l’heure idéale pour réserver une chambre dans un hôtel près de la gare. Le deuxième jour, je suis parti aux alentours de 8h30 pour un long mais très beau voyage jusqu’à Villach, en Autriche. Je suis resté dans le train jusqu’à 18h45 en traversant la vallée du Rhin, Stuttgart, Ulm, Munich, Salzbourg, les Alpes du Nord et le sud de l’Autriche. Pendant ce voyage, j’ai partagé mon compartiment avec une famille allemande qui se rendait à Salzbourg pour rencontrer leur potentielle belle-famille. Ils n’arrivaient pas à croire que j’arrivais d’Angleterre. Ce furent des heures très intéressantes : ils me donnaient des détails sur tous les endroits que nous traversions. J’ai mangé un plat de pâtes servi à ma place, après notre départ de Salzbourg, pour 8€ seulement. Malheureusement, quand nous sommes arrivés à Villach, ma correspondance pour Gemona avait été annulée. Ça a pris un peu plus de temps que prévu, mais je suis arrivé en un seul morceau. En bref, une longue journée mais des paysages magnifiques appréciés en chaleureuse compagnie » – Roger, Royaume-Uni


Conseil pour votre voyage en train de nuit : il faut avoir du temps… et du vin

« J’ai embarqué dans le train couchettes d’une compagnie autrichienne, c’est un moyen génial de voyager et je le conseille de tout mon coeur. Pour être honnête, ce n’est pas donné, c’est souvent bien plus cher qu’un billet d’avion. Mais parce que je veux protéger l’environnement et que j’adore prendre le train, j’ai tenté le coup. Pour parler stricto sensu du train, j’ai partagé mon compartiment avec trois quadragénaires venant du sud de l’Allemagne. Ils allaient passer leurs vacances à déguster du vin en Italie et ils ont commencé dès que le train a quitté la gare. Comme ils avaient des principes, ils avaient apporté des verres à vin dans leurs bagages. J’ai été invité à goûter les « meilleurs vins de Rheinland-Pfalz ». Je déteste le vin, mais j’ai accepté. Nous avons passé un super moment. Plusieurs verres plus tard, tout le monde était couché. C’est une très bonne idée, le train de nuit, mais le comfort n’est que moyennement au rendez-vous. Les voitures étaient propres, mais plutôt vieilles. Ça secouait bien. À la frontière entre l’Autriche et l’Italie, ils ont du changer de locomotive pour des raisons techniques. On a eu droit à une jolie secousse en pleine nuit quand les wagons se sont collés à elle. Quand j’ai ouvert les yeux au petit matin, nous étions déjà en Italie.


L’Italie en train | Photo: Lorenzo Buzzoni

Ce qui est vraiment génial quand on parcourt de telles distances, environs 1700km, c’est qu’on voit le paysage changer du tout au tout, passer des montagnes autrichiennes à la campagne méditerranéenne. J’ai pris mon petit déjeuner, compris dans le prix du billet, au lever du soleil, et j’ai regarder l’Italie défiler devant mes yeux. Quel spectacle. Si l’Europe était mieux desservie, avec des trains plus rapides et plus confortables, ce serait vraiment le moyen de transport parfait. Pour l’heure, il m’a fallu 24 heures pour aller de Hambourg à Rome, avec trois heures d’escale à Munich. Néanmoins, je recommande vraiment cette façon de voyager. Il faut juste avoir du temps… et du vin ». – Paul, Allemagne.

« Mon dernier voyage était pour Bratislava. Encore un train de nuit. Je ne me souviens pas de l’heure de départ, mais je me souviens de l’heure d’arrivée : 5h30. L’heure où les boîtes de nuit se vident. Me voilà à traîner mon sac à dos à la recherche d’un café, avec un gars à côté de moi vomissant ses tripes. Je ne pouvais entrer à mon auberge de jeunesse qu’à 13h. J’avais de longues heures à attendre. Après ça, je n’ai plus jamais réservé de trains de nuit ». – Danny, Royaume-Uni


Les lignes locales annulées ?

« J’aimerais tant que des lignes comme Paris-Florence (avec un arrêt à Gênes, ma ville natale) existent de nouveau. Elle a été arrêtée dans les années 80, et maintenant que je vis à Paris, je donnerais tout pour qu’elle soit réouverte ! Si je dois parler de mes expériences de voyages en train pas géniale, je citerais la ligne reliant la côte d’Azur à l’Italie. Jusqu’à 2005 et quelque, il y avait des trains à grande vitesse reliant Nice à Gênes, plusieurs fois par jours. Maintenant ils s’arrêtent tous à Vintimille et le seul train qui fait la connexion entre la France et l’Italie est un petit train lent de une heure, entre Vintimille et Nice. Je ne comprends pas comment on en est arrivé.e.s là. Pour moi, le train c’est le voyage du futur pour l’Europe et j’espère que de nouvelles lignes ouvriront bientôt ». – Giulia, Italie /France

« Si l’on prend l’exemple du passage de frontière à Venlo, aux Pays-Bas. Il y a quelque temps, pas si longtemps, il y avait une ligne reliant Cologne à Den Haag via Venlo. Désormais, pour voyager de Cologne à Eindhoven, il faut prendre un train pour Monchengladbach, changer de train (et ne pas le manquer) pour Venlo, marcher très vite pour rejoindre un train pour Eindhoven, d’où l’on repartira pour Rotterdam. Cela revient à quatre trains auxquels il faut ajouter une heure de retards possibles, pour un voyage qui se faisait d’une traite. Et je ne vous raconte pas le bazar pour changer ses billets. C’est bien de voir de plus en plus de trains à grandes vitesses relier les capitales européennes, mais le réseau européen devrait se concentrer sur les petites lignes, plus basiques ». – Philip, Royaume-Uni


Acheter des billets pour l’international ? Bonne chance !

« Je traverse l’Europe par le train depuis 27 ans, depuis que j’ai 18 ans, et c’est devenu de plus en plus compliqué. Côté positif, internet a rendu l’accès aux informations et l’achat des billets plus faciles, enfin pas toujours. Je me souviens qu’il était possible de me rendre à ma gare en Allemagne (où je vivais à l’époque) pour acheter mes billets à destination de Oxford, en train ou en bateau, pour un départ immédiat. Il était facile d’acheter des billets pour Londres à la gare de Sants de Barcelone, pour Paris depuis le centre de voyage de Richmond, il était possible d’aller dans une gare norvégienne et de réserver sa couchette dans un train polonais avec un pass Inter-rail. Essayez juste de faire ça aujourd’hui, même sur internet. Ce n’est pas si facile ». – Philip, Royaume-Uni


Acheter un billet pour Londres à la gare de Sants, à Barcelone, n’est plus aussi facile qu’hier | Photo: Ingeborg Eliassen

« Cet été, mon/ma partenaire et moi avons décidé de passer deux semaines en Italie. Nous avons commencé par passer plusieurs jours à Rome et sommes remontés vers le Nord avec plusieurs arrêt à différents endroits. Il y avait une chose dont j’étais sûr pour ce voyage : il fallait qu’il se fasse en train. Mais j’ai vite compris qu’il faut vraiment être motivé pour y arriver. Quand j’ai commencé mes heures de recherche, le prix d’un vol entre Berlin et Rome était de 18€. À la fin, nous avons payé 105€ par personne pour le même voyage en train, et cela nous a pris une journée au lieu de deux heures. Mais pas de regret, c’était vraiment un joli voyage à travers les Alpes, nous avons pu voir le paysage et le climat changer sous nos yeux ». – Ulrike, Allemagne

« Cela fait trois ans que je ne voyage qu’en train, je ne prends plus d’avion. Le plus compliqué, c’est de réserver son voyage en Europe. Même s’il existe plusieurs sites internet pour réserver ses billets (comme trainline), ce n’est pas facile d’avoir un point de vue sur toutes les lignes, tous les horaires, dans les différents pays. Pas facile non plus de savoir comment faire s’il y a un problème ou un retard. Cela prends plusieurs heures, voire plusieurs jours, pour organiser son voyage et du coup, c’est difficile de convaincre les gens de choisir le train plutôt que l’avion. Les gens n’ont juste pas le temps ». – Isolde, Suède


Contrôles à la frontière

« À la frontière entre l’Ukraine et la Hongrie, le contrôle des passager.e.s prend un temps fou. Même si le train est quasiment vide, cela prend 4 heures pour entrer dans la zone UE. Choisir un vol est bien plus pratique » – Berd

« Jusqu’à présent, j’ai 17 passages de frontières en train à mon effectif rien qu’en Europe. En général, ce sont de super expériences. Parfois, par contre, ce n’est pas du tout confortable. Par exemple, trois fois j’ai du traverser une frontière avec un petit train régional car je n’avais pas d’autre choix. Deuxième chose qui peut être améliorée : on a déjà arrêté mon train pour vérifier les passeports. On est dans la zone Schengen, ça ne devrait pas s’imposer. Choisir le train pour voyager à l’international est bien moins pratique que la voiture, parce qu’en voiture on n’est pas arrêté.e.s à la frontière. Si l’on considère le Danemark. Deux fois, mon train a été arrêté par la police allemande à Passau, ils sont montés, armés, pour vérifier toutes les identités des passager.e.s rejoignant l’Allemagne depuis Vienne. Les gens qu’ils contrôlaient étaient toujours des femmes en hijab ou des hommes barbus identifiés comme des arabes. En tant que personne blanche, on ne m’a jamais embêtée. Ils leurs disaient « Weil Sie Ausländerin bist müssen Sie ein Ausweis haben. » (parce que vous êtes étrange.r.e, vous devez avoir sur vous vos papiers d’identités). Moi aussi j’étais étrangère, et pourtant je n’ai jamais eu à leur montrer mon passeport ». – Luna, Pays-Bas 

Édité par Joanna Kopacka et Sindhuri Nandhakamur.