L’Europe, prise dans le piège du gaz

Alexia Barakou

L’adjectif “naturel” vous laissera penser que tout cela n’est pas si grave. L’industrie du pétrole et du gaz voudrait certainement que vous le preniez comme ça. Mais cela reste une énergie fossile, qui produit des “émissions de méthane alarmantes”, selon les expert.e.s.


Direction artistique et Design graphique : Alexia Barakou | Son : Aris Athanasopoulos | Narration : Pavlos Zafiropoulos | Produit par Reporters United (Athènes, Grèce)

Les journalistes d’Investigate Europe ont décidé de creuser dans ces investissement gaziers pour comprendre pourquoi l’Europe se retrouve de nouveau, à mettre en péril ses propres objectifs climatiques. Voilà ce que nous avons trouvé :

  • 104 milliards d’euros sont d’ores et déjà provisionnés pour de nouveaux projets gaziers. La capacité des ports méthaniers va augmenter de 54% et 12842 kilomètres de gazoducs vont venir s’ajouter au réseau.
  • Dans la liste des prétendus “projets d’intérêt communs” (PIC) de la Commission Européenne, 32 projets gaziers ont été déclarés éligibles à un financement européen.
  • La Commission a surestimé, et ce à de nombreuses reprises ces dix dernières années, la demande en gaz naturel, selon la Cour des comptes européenne.

Mais pourquoi cela ?
Les réponses que nous avons trouvées attestent d’un mélange d’influence lobbyiste, de compétition géopolitique et de jeux de dépendances économiques, à travers toute l’Europe. 

Cliquez sur la carte intéractive ci-dessous pour comprendre ce que représentent différents investissements gaziers, dans chaque pays

Nos sources : nos calculs se basent sur les données transmises par l’ONG Global Energy Monitor, concernant les chiffres des gazoducs et les centrales électriques, et du groupe industriel Gas Infrastructure Europe pour les données sur les ports méthaniers. Cette carte regroupe les centrales électriques au gaz, les gazoducs et les ports méthaniers. L’exploration et l’extraction du gaz naturel n’y figurent pas.


Entre géopolitique et lobbying, le grand échiquier du gaz européen

Sous des bourrasques comme les Hauts-de-France n’en avaient pas connu depuis des mois, les vagues de la mer du Nord viennent frapper la coque rouge de l’immense navire. Le tanker Zarga – 345 mètres de long – a accosté au quai principal du terminal méthanier de Dunkerque, le deuxième plus important terminal méthanier d’Europe continentale, après Barcelone. Il vient décharger sa cargaison : du gaz naturel liquéfié, ou GNL.

Pour transporter du gaz à plus de 3 000 kilomètres, il faut le liquéfier, s’il n’est pas possible de le transporter par pipeline. Le procédé consiste à abaisser sa température à – 162 degrés puis à le compresser. De cette façon, son volume se réduit de 600 fois et il devient plus facile à transporter en tanker, par-delà les mers et les océans.

D’où vient ce gaz qui arrive à Dunkerque ? « De Russie et des États-Unis, pour la moitié des cargos ; d’autres sources diversifiées, pour l’autre, détaille Juan Vazquez, président de Dunkerque LNG. L’année dernière, Yamal est entré en service plus tôt que prévu, beaucoup d’acteurs en ont profité. »

Yamal ? Un site de liquéfaction de gaz naturel dans le nord de la Russie accusé de contribuer « à l’ouverture d’une nouvelle “frontière gazière” dans l’Arctique russe, qui pourrait à la fois mettre à mal une région déjà fragilisée par le réchauffement des températures et entraîner des émissions massives de gaz à effet de serre », selon le réseau ENCO (European Network of Corporate Observatories), dirigé par l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO), spécialisé dans l’influence des lobbys sur la politique européenne. Des accusations que le monde gazier réfute : « Ce projet sert à faire venir du gaz russe qui viendrait normalement par pipeline. L’empreinte carbone est la même depuis longtemps », défend un industriel.

Lisez le passionnant sujet de Cécile Andrzejewski, publié dans les pages de notre média partenaire, Médiapart.


Comment l’Europe investit 100 milliards d’euros dans les énergies fossiles.

C’est en fanfare que les gouvernements de toute l’Europe annoncent leurs ambitieux objectifs de neutralité climatique. La Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis de mettre le climat au coeur de sa présidence. Elle a qualifié le Green Deal “d’équivalent pour l’Europe des premiers pas sur la lune”. Mais au même moment, de Brunsbüttel (Allemagne) à Athènes (Grèce), les fournisseurs d’énergie construisent des ports méthaniers (LNG) et posent des kilomètres de gazoducs au fond des mers Baltique et d’Égée. Lisez le sujet de Juliet Ferguson sur la façon dont les investissements dans le gaz naturel risquent de devenir des actifs bloqués ou immobilisés. Vous y lirez comment l’industrie gazière justifie ces investissements continus.

Un port méthanier en Italie

Lisez des enquêtes dans votre langue, grâce à nos médias partenaires : nos premiers articles sont déjà sortis et de nombreux autres suivront dans les semaines à venir. Sur notre site, vous trouverez également des informations supplémentaires sur le fond, des interviews complètes et des chiffres dans la rubrique “pour aller plus loin”.


Cette enquête a été rendue possible grâce à une subvention du fond Investigative Journalism for Europe (IJ4EU)


articles associés