Argent public, investissements polluants

Alexia Barakou

“Nous vivons un tournant historique. C’est l’équivalent pour l’Europe des premiers pas sur la lune”.

Voilà comment Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, décrivait le Green Deal européen, en décembre 2019.

C’est en 2020 que l’Union Européenne aurait dû lancer son plan ambitieux pour combattre la crise climatique.

Et pourtant, les actes de beaucoup de ses états membres démontrent une certaine hypocrisie climatique

Alors que l’Europe tente d’achever sa transition energétique, en allouant des centaines de milliards d’euros à son ambitieux Green Deal, tous les états membres qui disposent de réglementations et d’avantages fiscaux maintiennent pourtant leur soutien au secteur des énergies fossiles. La Pologne continue d’investir beaucoup d’argent dans les mines de charbon, en Italie, les allègements fiscaux pour l’utilisation du gasoil ont coûté plus de 5 milliards d’euros. Le gouvernement grec, lui, continue de payer aux industriels des énergies fossiles, le transport par bateau de pétrole et de gasoil du continent aux îles, pour que l’électricité fonctionne tout le long de la haute saison touristique.

Nous avons calculé le coût des exemptions de taxes accordé aux secteurs des énergies fossiles, des industries automobiles, aéronautiques ou du transport maritime auxquels s’ajoutent les allocations de droits à émettre du CO2, offertes aux sociétés par les gouvernements. Nous avons découvert que les pays européens subventionnent le secteur des énergies fossiles à hauteur de 137 milliards d’euros par an. En regardant la situation avant ou après le Covid-19, la situation ne semble pas changer, au contraire.

On a fait valoir que “derrière chaque exemption de taxe et subvention accordée aux énergies fossiles, il y a un lobby qui se cache”. De puissant groupes d’intérêts font front contre le Green deal européen, et cherchent à maintenir un statu-quo. Mais pourquoi les dirigeant.e.s européen.ne.s s’en tiennent à ce plan dangereux qui fiche en l’air leur propre politique de protection du climat ? Les journalistes d’Investigate Europe ont posé la question à des ministres, des commissaires européen.ne.s, des membres du Parlement, des lobbyistes et des scientifiques et a découvert un enchevêtrement presque inextricable de lointaines relations d’interdépendances mêlées d’opportunisme politique. Et par là même, le fait que la construction de la législation européenne est fondamentalement mauvaise. 

Cliquez sur la carte ci-dessous pour obtenir plus de détails

Dans les calculs à l’origine de la carte ci-dessus, nous avons inclus les subventions directes, les allègements fiscaux et autres exemptions de taxes, les investissements faits dans les infrastructures liées aux énergies fossiles et les allocations gratuites de droits à émettre du CO2. Pour obtenir ces données, nous avons utilisé des sources gouvernementales et des rapports de l’OCDE, d’organismes tels que le Réseau Action Climat et des think-tanks comme l’Institut allemand d’écologie appliquée. Pour chaque subvention, nous avons utilisé la donnée la plus récente, entre 2016 et 2019. Au total, les 27 états membres auxquels s’ajoutent la Norvège, la Suisse et le Royaume-Uni subventionnent le secteur de l’énergie fossile à hauteur d’au moins 137 milliards d’euros par an. Pour 19 de ces 30 pays, seules les données concernant les allocations gratuites de droits à émettre du CO2 étaient disponibles, et seulement pour les pays de l’OCDE. Cela ne recouvre qu’une partie de l’aide accordée aux combustibles fossiles. On peut donc comprendre que le montant réel de l’aide accordée à l’utilisation des combustibles fossiles est sans doute bien supérieur.


Soutien aux énergies fossiles : l’hypocrisie de la France au Mozambique

D’immenses réserves de gaz ont été découvertes au nord du Mozambique. Malgré les engagements d’Emmanuel Macron, l’État français continue de soutenir financièrement des projets d’exploitation gazière portés par les multinationales françaises, au détriment du climat.

En matière d’environnement, comme souvent, il y a les paroles et il y a les actes. Prenez le discours d’Emmanuel Macron à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2019. « Il faut que les grands pays de ce monde arrêtent de financer de nouvelles installations polluantes dans les pays en voie de développement », assène le président, déplorant alors la poursuite de financements venant « des pays développés » pour « ouvrir de nouvelles structures polluantes ». Pensait-il, alors, aux projets gaziers français au Mozambique ? Car, les actes, ici, diffèrent bien des discours.

Lisez l’enquête de Cécile Andrzejewski et Leïla Miñano


L’Europe et les énergies fossiles : histoire d’une romance

Grâce à des lacunes qui permettent des définitions vagues et une absence de contrôle précis, de nombreux pays n’admettent même pas distribuer ces subventions. Voici quelques exemples qui démontrent qu’il s’agit là d’un sabotage pur et simple des objectifs européens sur le climat, qui entrave les aspirations du Green Deal.

Lisez l’enquête de Juliet Ferguson

A woman looking at a coal plant emitting fumes, with the tagline 'Climate hypocrisy'

Lisez toute notre enquête grâce à nos articles listés ci-dessous et publiés dans nos médias partenaires. Cette enquête étant toujours en cours de publication, nous continuerons d’ajouter les articles au gré de leurs publications.

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